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Leadership, Motivation 2.0, et Développement personnel

Ce blogue à pour vocation de motiver les jeunes à ne pas baisser les bras . C'est une manière d'inspirer les jeunes au travail... avec des messages poignant et Motivant..

Mali: Les secrets du coup d'état facile du Colonel Assimi Goïta

Mali : Dans les secrets du coup d’Etat facile du colonel Assimi Goïta

Neuf mois après s’entendent-ils toujours ? titrait "La Lettre Confidentielle du Mali" (LLCM) dans son numéro 54 du 10 mai 2021 avec à la Une la photo de cinq officiers « historiques » du coup d’Etat d’août 2020.

Des lecteurs étaient étonnés de ce titre. Pourtant les bruits courraient déjà. Des chancelleries inquiètes. Non seulement l’un des cinq n’était plus « fiable », mais entre le quinté de militaires et le président Bah N’Daw, le torchon brûlait. Il a beau tirer sa légitimité des putschistes, mais il voulait s’affirmer. Un de ses proches collaborateurs n’hésitait plus à dire :

  

Le 15 mai 2021 …. Le directeur de la sécurité d’Etat, le colonel Kassoum Goïta, signale un mouvement anormal de véhicules provenant du centre de Bamako. Pour lui, aucun doute, il s’agit d’éléments des forces spéciales. Moment de panique. Absolument rien, selon lui, ne justifie ce déplacement. Pour lui, un coup fourré se prépare. Que faire ? La République tremble un peu. Le président ghanéen Nana Akufo-Addo est alerté. Le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara qui vient d’arriver à peine à Paris également.

Au même moment, interrogé, le ministre de la Défense, le colonel Sadio Camara, affirme ne pas être au courant. C’est vrai que s’il n’est pas au courant en tant que ministre de la Défense, à priori, l’information est inexacte. Qui dit la vérité entre le patron de la sécurité d’Etat (service de renseignement) et le patron de l’armée ? Un climat délétère s’installe. Alors qu’il arrive à peine à Paris pour participer au sommet sur la relance des économies africaines, le président Bah N’Daw appelle Bamako. Il prend des nouvelles et confie à un de ses collaborateurs qui a fait avec lui le voyage de Paris : « Je ne vais tolérer aucun désordre 

17 mai … D’après les informations de La Lettre Confidentielle du Mali (LLCM) la nouvelle du jour : dans la perspective du remaniement ministériel qui s’annonce, le ministre Modibo Koné de la Sécurité et Sadio Camara de la Défense devraient quitter le gouvernement, en tout cas, leurs postes. Le premier est pressenti pour aller au département des Infrastructures, le second pour prendre les clés du ministère de la Sécurité. Ce jeu de chaises musicales ne les enchante pas. Mis au courant, le vice-président, le colonel Assimi Goïta, tente de rencontrer le Premier ministre Moctar Ouane. Il n’y arrive pas. La tension est perceptible.

21 mai … Le président de transition est rentré de sa visite de Paris. Dans l’avion de retour, se souvient un de ses proches, il avait l’air préoccupé. Il veut en finir avec le remaniement ministériel. Il repropose aux deux ministres, le ministre de la Défense et celui de la Sécurité, de permuter leurs postes. Il insiste aussi pour l’entrée de toutes les composantes de la classe politique au sein du gouvernement. Il confie à un proche que l’un des deux ministres dont il souhaite la permutation de poste accepte, à condition de prendre les rênes de la sécurité d’Etat. Vrai ou faux ? L’histoire le dira un jour.

La crise est ouverte. Des chefs d’Etat étrangers appellent pour tenter de calmer le jeu. Deux d’entre eux demandent même au président de sursoir au remaniement. Un troisième chef d’Etat propose l’envoi à Bamako d’une délégation de la CEDEAO. Mais le président Bah N’Daw a déjà pris sa décision : marquer son terrain. C’est lui le chef et c’est à lui de décider qui doit occuper tel ou tel poste. Au dernier moment, il envisage de nommer au poste de ministre de la Sécurité un élément de la garde nationale. Celui-ci accepte et décline ensuite. Il rencontre le vice-président qui se pose un peu en médiateur entre le président et ses camarades. La rencontre se termine plutôt en queue de poisson.

24 mai … La liste du gouvernement est connue. Vingt- cinq ministres comme dans la précédente équipe, onze ministres quittent le gouvernement, dix sont reconduits, quatre changent de portefeuille, onze nouveaux venus, cinq femmes contre quatre précédemment, quatre militaires comme dans le précédent gouvernement. Mais les ministères de la Défense et de la Sécurité ont changé de portefeuille

Arrestation du Président et du Premier ministre

Une fois la liste du gouvernement rendue publique, le colonel Goïta convoque une réunion de crise chez lui. Il n’est pas content, ses hommes également. Deux véhicules bourrés de forces spéciales quittent Kati pour la base « lieu de résidence du Premier ministre et du président de transition ». Les deux habitent côte à côte. C’est d’abord le président qui est arrêté. Ensuite le Premier ministre. Les deux prennent leur véhicule de fonction et sont escortés jusqu’à Kati, ville garnison située à 15 kilomètres au sud de Bamako. A l’entrée de Kati, le convoi s’arrête. Il est demandé au chauffeur et à la garde du Premier ministre et du président de descendre. Les militaires prennent le volant et se dirigent vers des bâtiments bien aménagés. Les deux hommes sont séparés.

Bah N’Daw et Moctar Ouane prisonniers des militaires à Kati

Lorsqu’ils arrivent à Kati, la nuit enveloppe à peine la ville. D’après les informations de La Lettre Confidentielle du Mali (LLCM), le Premier ministre est dirigé vers un bureau où il y a un canapé, le président vers un autre. Ils ne sont pas libres de leurs mouvements. Ils n’ont pas tout de suite droit aux visites, pas de radio, pas de montre, pas de réveil. L’un d’eux a une télévision, mais vite débranchée par la garde. Contrairement à ce qui a été dit par certains, ils n’ont subi aucun traitement physique dégradant. Ils avaient même la possibilité de recevoir de chez eux les repas.

Selon l’entourage de Bah N’Daw, il a demandé à voir au moins deux fois le Premier ministre qui a quitté son île de détention pour aller le voir. Les discussions ont tourné autour de la lettre de démission qu’on souhaitait qu’il signe. Une anecdote, alors que le président de transition recevait son Premier ministre sur son lieu de détention, un militaire aurait mis en marche son enregistreur pour capter la conversation. Bah N’Daw lui fait la remarque.

Une autre anecdote. Alors que le colonel Assimi Goïta lui-même s’est déplacé nuitamment pour se rendre compte des conditions de détention des deux hommes, en repartant il a oublié son masque de protection chez l’un des deux prisonniers. Ajoutons que les colonel Sadio Camara, Modibo Koné et Malick Diaw (trois des cinq hommes forts du coup d’Etat d’août 2020) ont rendu ensemble visite aux prisonniers.

25 mai, Goïta débarque Bah Ndaw et Moctar Ouane

Derrière ses lunettes, au volant d’un véhicule, le Commandant Baba Cissé débarque à l’ORTM, l’Office de radiotélévision du Mali, avec dans sa poche un communiqué à lire sur les antennes. Par mesure de précaution, les responsables de l’ORTM refusent et lui conseillent d’inviter à Koulouba, QG des militaires, la télévision pour un enregistrement avant diffusion. Ils s’exécutent et Baba Cissé lira le communiqué suivant pour annoncer la mise à l’écart du président Bah N’Daw et de son Premier ministre Moctar Ouane.

25 mai, arrivée de la délégation de la Cédéao

Mi-journée, la délégation de la Cédéao arrive à Bamako. On reconnait l’homme au chapeau, l’ancien président du Nigéria Goodluck Jonathan, chef de délégation, la moustache du numéro deux de l’institution, le général Francis Béhanzin, le regard de sioux du professeur Hamidou Boly le représentant de la Cédéao à Bamako, Jean Claude Kassi Brou, président de la Commission, le crâne dégarni, viendra un peu plus tard. Début de nuit, accompagné du représentant du secrétaire général des Nations- Unies au Mali El-Ghassim Wane et du représentant de l’Union Africaine, tout le monde prend la direction de Koulouba pour une rencontre avec celui qui est toujours vice-président, mais qui a des idées précises.

Le cortège rebrousse chemin pour remonter deux heures après. Le colonel reçoit enfin la troïka. Salutations d’usage, son visage est plutôt fermé. Il indique clairement à ses visiteurs qu’il prendra lui–même les choses en main. En clair, qu’il va s’asseoir dans le fauteuil de président. Et quand on lui fait observer que les lois de la Cédéao ratifiées par le Mali empêchent tout porteur d’uniforme auteur de coup d’Etat de diriger un pays, comme s’il avait consulté ses juristes, il répond : « Ici au Mali, nos lois le permettent». Fin d’entretien.

26 mai, la troïka rencontre le président et le Premier ministre à Kati leur lieu de détention

Le convoi de véhicules quitte l’hôtel Salam de Bamako, direction la ville garnison de Kati. Entretemps, le Premier ministre quitte son lieu de détention pour rejoindre le président Bah N’Daw. D’après les informations de La Lettre Confidentielle du Mali (LLCM), la délégation de la troïka ne les rencontre pas séparément, mais ensemble. Ils ont plutôt bonne mine. Le président Bah N’Daw, contrairement au Premier ministre Moctar Ouane, ne porte pas de bonnet. Mais il informe que, quelques moments avant leur arrivée, il lui a été fait signer une lettre de démission ainsi que celle de son gouvernement.

En revanche, son Premier ministre n’a jamais signé de lettre de démission. Et à la délégation il dit deux autres choses : « Je ne partirai d’ici (de son lieu de détention) qu’à une seule condition, que toutes les personnes arrêtées soient libérées ». Il ajoute avec un regard malicieux : « Je suis encore prêt à servir mon pays si c’est nécessaire »

Nouvelle rencontre colonel Assimi Goïta-Troïka

D’après les informations de La Lettre Confidentielle du Mali (LLCM), le 26 mai, lorsque la délégation de la troïka quitte Kati, elle se dirige une nouvelle fois vers les bureaux du colonel Assimi Goïta. Visage impassible, dans son treillis beige et kaki, il les reçoit. Ses hôtes protestent au sujet de la « démission forcée » du président Bah N’Daw et réclament sa libération. Réponse du colonel Assimi Goïta : « Il va être libéré, mais il ne sera plus président ». La délégation pose alors le problème de la future architecture : qui va diriger le pays ? Elle comprend très rapidement que celui qui est encore vice-président est décidé à prendre les choses en main.

27 mai… , le capitaine Demba NDaw directeur de cabinet du colonel Assimi Goïta avec rang de ministre, homme de confiance, a déjà écrit à la Cour constitutionnelle pour constater la vacance du pouvoir. Le lendemain, la Cour a répondu.

Samedi 29 mai… Le colonel Assimi Goïta se réveille dans le costume de président de la transition, chef de l’Etat. D’après les informations de La Lettre Confidentielle du Mali (LLCM), il reçoit deux appels. L’un du Togo et l’autre du Ghana. Quelques heures après, il s’envole pour la capitale ghanéenne. Réunion de crise. Il explique devant les officiels ce qui s’est passé. Pour lui, le président Bah N’Daw a violé la charte de la transition à plusieurs reprises. Il rappelle qu’il en a informé régulièrement les chefs d’Etat et que désormais en vertu d’une décision de la Cour constitutionnelle de son pays, il est assis dans le fauteuil

30 mai, ouverture du sommet extraordinaire des chefs d’Etat à Accra. A Accra, d’après les informations de La Lettre Confidentielle du Mali (LLCM), les chefs d’Etat étaient partagés sur le dossier Mali. Même si dans l’ensemble, ils ont considéré que le dernier remaniement ministériel aurait dû se faire avec l’aval du vice-président de la transition. L’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara a pris la parole pour apaiser la situation. Si on sanctionne durement le Mali, a-t-il notamment déclaré, ça aura des répercussions à l’intérieur et dans la sous- région.

La délégation de Asssimi Goïta a trouvé qu’il a été très compréhensif et très au courant de la situation interne du Mali. En revanche, le président nigérien, Mohamed Bazoum, a été très ferme sur les principes. D’autres lui ont emboité le pas en s’interrogeant : pourquoi après le coup d’Etat contre le président IBK en août 2020 on a pris des sanctions fortes et cette fois-ci on ne le fait pas ? ont-ils notamment déclaré. L’institution sous régionale a décidé de suspendre le Mali de la Cédéao, de la nomination d’un Premier ministre civil et surtout de l’organisation d’élections transparentes, inclusives dans les 18 mois comme prévu…

La Lettre Confidentielle du Mali, numéro spécial du 06 juin 2021  

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